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Eljena ? C'était une petite fille toujours souriante et chaleureuse, c'est vrai qu'elle avait le soleil dans les yeux. Petite, elle s'amusait à courir dans le village avec ses nombreuses soeurs pendant que ses frêres eux, suaient déja dans les champs à recolter les restes de ce que les insectes avaient bouffés, de ce que les tornades avaient dévastés. Bah oui parce que le vent est souvent faché dans ces pays là et il emporte tout avec lui, les recoltes, les maisons, les sourires puis même les eclats de rires...
Un beau jour, ou du moins un qui semblait l'être, le destin lui a joué un mauvais tour, Il l'avait coincé dans un coin et lui dit dans les yeux << Toi, j'taime pas. Trop innocente à mon gout, les gamines comme toi on en veut pas, c'est juste bon gémir et a se frotter les souliers, ya pas de place pour toi ici, tu sers à rien. >> . Faut dire que le destin, il est pas sympathique, c'est le genre de gars avec le costume tout propre, tout classe, un peu trop sur de lui et à qui faut lecher le dérrière pour tirer des eclats de vie. Eljena, elle s'en foutait. Bah oui, elle était toujours ailleurs de toute façon, dans ses rêves, qu'est ce qu'elle en avait à cirer de son avenir ? A 6 ans tout ce qui nous interresse c'est de recevoir des poupées, pas de se construire un édifice en beton... Alors elle s'est retrouvée orpheline, elle avait perdu ses frêres et ses soeurs mais elle ne comprenais pas vraiment pourquoi. Tout ce qu'elle voyait c'était des hommes vétu de vert qui s'amusait à jouer, ça fesait pan pan à gauche & puis à droite, et les gens prenait leurs rôles de victimes trop à coeur selon elle , elle croyait qu'ils allaient se relever, en criant << Mentiii ! je t'ai bien eu n'est ce pas ma belle ? >> et pourtant...
Elle s'est donc retrouvée seule, dans la rue alors elle portait la même robe tous les jours, et parfois, elle se rendait au vieux lac [ là où vont les gens qui n'ont plus d'espoir] pour lui redonner de l'eclat, mais en vain. L'eau ne fesait que rendre sa robe encore plus terne et plus pâle, un peu comme son visage, mais elle n'en peux rien vous savez, c'était comme ça c'est tout. Et la nuit elle dormait peu, elle s'appuyait sur le bord d'une poubelle et elle rêvait et puis suppliait à son ventre de se taire, il l'ouvre toujours au mauvais moment celui la ! Puis un jour, elle eut le malheur de croiser un gars, un de ces gars qui ont le slip qui leur démange, alors comme elle savait que personne ne viendrait à son secours, elle n'a presque pas crié. De toute façon les hommes sont bien trop fort et elle, elle avait de tout petits bras tout fin, tout maigre, fallait pas resister de peur de se les casser. Elle n'avait pas la force de crié ni la force nécessaire pour s'échapper, elle avait juste la force de pleurer, on trouve toujours la force pour pleurer nous les filles, et puis la nuit est passé et le gars il est reparti, satisfait, le genre de satisfaction qui nous fait sourire sans qu'on s'en rende compte...Et puis c'est dans ces cas là qu'on retrouve neuf mois plus tard, et même beaucoup moins parfois, des bébé tout collant, tout gluant, dans du papier journal ou pire dans des poubelles, qu'on laisse là, qu'on pose là, comme si ce n'était qu'un déchet encombrant et puant dont il faut absolumment ce débarrasser. Mais Eljena elle, elle l'a gardé. Elle l'a gardé et en a pris soin. Il faut dire qu'elle a un grand coeur Eljena, tout amoché certes, mais grand quand même...
Et puis au fil du temps, elle a appris à se meler aux autres, à suivre les idées populaires, ces idées qui en gros, élaborent des plans pour rejoindre frauduleusement les pays qui ont de grands buildings et des supermarchés blindés.[ Les pays bonheur qu'il dit Emmanuel Darley, grosse blague j'ai envie de dire... ] Alors le " chef " lui répetait : << Dés que tu poseras les pieds dans ce pays là, tu ne t'appelleras plus Eljena mais Betsy, Betsy tu m'entends ? Eljena c'es fini, elle est morte, elle avait le visage trop pâle et les yeux trop ternes, elle ne refletait plus que ce que les fantomes refletent, elle n'avait plus de présence, morte tu comprends ? morte ! >>
Elle savait qu'elle n'avait pas d'autre choix que de changer d'identité une fois la bas, histoire de faire " plus citoyenne " . Eljena, la fille fraîche au visage souriant ? Ca fesait des lustres qu'elle l'avait enterré au fond du jardin. C'était Betsy à présent, Betsy. << Tu n'as pas le droit à l'erreur, rajouta -il, sinon, toi et ton gosse ils vont vous ramener par la peau illico presto, et cette fois-ci on ne vous aidera plus tu sais, toi et ton sale môme on vous laissera crever entre deux cartons ! >> Evidemment, ce n'est pas comme ça qu'il l'a dit, mais c'est bien ça que ça voulait dire. Il regardait tout le temps Eljena et son fils avec mépris, c'est à peine si il leur crachait pas dessus, et des fois il disait à sa femme : << C'est inacceptable ! De bons hommes comme nous ! On se donne corps et âmes pour accorder une education admirable à nos filles et voila comment elle nous remercie, elle sont juste bonne à ecarter les cuisses, en enfer moi je dis ! Toutes en enfer !! >> Il postionnait un peu trop à chaque fois qu'il disait ça et puis il devenait tout rouge alors sa femme lui repondait de se calmer, elle disait : << Calme toi Horacio, ce n'est pas ta fille après tout ! >> Alors il disait que c'était tant mieux, et il repartait sur un débat qui le fesait postionner encore plus, alors sa femme lui disait de se calmer et de parler moins fort, parce qu' Eljena, c'est possible qu'elle puisse entendre.
Combien de fois elle ne l'avait pas entendu bronché cet Horacio ? Alors chaque fois qu'il le disait, ça lui pinçait au coeur à Eljena, parce qu'elle savait que ce n'était pas vrai, et puis elle pensait à son père alors... Lorsqu'elle croisait son regard, elle le regardait aussi avec mépris, alors sa fesait une espece de petite bataille du regard vous voyez, et la seule chose qu'elle voulait faire, c'était de lui enfoncer un pieu dans le dos quand il l'avait celui ci retourné, mais elle se controlait, c'était Betsy à present, Betsy.
Alors nous y voila, Betsy et son fils Diego dans les pays buildings[ C'était le nom de son père à elle vous savez ? Diego Gomez qu'il s'appelait, c'était un homme fort, oui oui, grand et fort. ] D'ailleurs, elle avait l'habitude de lui répéter dans l'oreille : << Plus tard tu seras grand et fort comme ton grand-père mon amour. >> Mais il était encore trop petit pour comprendre, alors il se contentait de lui baver sur la main gauche, c'était mignon...
Comme la plupart des immigrés clandestins, ils vivaient dans un petit studio [ Encore plus petit que nos chambres ] qu'ils avaient obtenu par une agence qui s'occupe des cas sociaux les plus graves, bah oui, faut dire qu'Eljena, elle a pas le moindre peiquellons dans le soutif [ Betsy pardon...], sauf en fin de soirée. Ces fins de soirées où certains hommes qui, tout comme le père de Diego, ont le caleçon qui leur demange. Ils guettent les coins de rues pour trouver de belles femmes qui s'offrent à tarifs réduits, des femmes comme Betsy quoi << En plus ya' une promo aujourd'hui >> qu'elle disait de façon coquine dans l'oreille des messieurs, comme si elle voulait la leur bouffer. Toujours tard dans la nuit, Betsy enfilait ses talons aiguilles et son decolletés aguicheur, puis elle se maquillait fort, notamment avec du rouge à levres d'un rouge violent, d'un rouge sang mais que voulez vous ? Il faut ce qui faut pour se mettre quelque chose sous la dent, et puis il y avait son fils aussi...
Bientot Diego savait dire un, il savait dire deux puis il a su dire trois. Et bien vite il a su dire entre deux bouchés de frosties : << Maman, tu t'en vas ou le soir ? J'entends tes pas dans l'escalier, faut pas me laisser tu sais, moi j'ai peur dans le noir, ne pars plus je t'en supplie maman ! >> Betsy avait toujours un pincement au coeur quand Diego lui demandait ça, un plus gros que celui qu'elle avait quand Horacio parlait sur elle . Il est évident qu'elle ne pouvait pas répondre : << Ecoute fiston, maman elle suce des bites, demain elle t'acheteras du maïs ! >> Non, c'était inconcevable, il aurait remis toute l'anatomie en question et puis il aurait voulu des détails comme tous les enfants curieux, c'était juste pas fesable. Alors elle répondait : << Mais je suis là mon chéri, je ne te laisse pas, jamais. Et si je sors le soir, c'est pour regarder les étoiles. Je m'en vais dire bonsoir au soleil, dire bonjour à la lune et puis je reviens, je me penche au dessus de ton lit et je veille sur toi, je te fais plein de bisous partout, et ça pendant toute la nuit mon chéri, c'est pour ça que tu as le front tout rouge le matin mon ange... Allez, manges tes céréales maintenant... >>
C'est fou comme elle l'aimait ce petit Diego. Il était ses entrailles, il était sa raison de tenir et d'exister et elle l'aimait tellement. Elle l'aimait de toute ces forces bien que son père n'était qu'un déchet, une sale ordure de fils de p*** .Mais bon, ce n'est pas l'insulte que Betsy aurait utilisé...
Bientot son fils alla régulierement à l'école. Et pour la fête des mères, Diego dessinait toujours sa maman. Il la dessinait avec de gros talons rouges et avec des seins un peu déformés. Faut dire que c'était pas un artiste ce Diego, Non, plutot un sportif qu'il disait. Et il la dessinait dehors, pendant la nuit, la tête vers le ciel à regarder les étoiles, disant bonjour à la lune et au revoir au soleil, à attendre... Et Betsy ne pouvait pas s'empêcher de pleurer et de verser toutes les larmes de son corps. Puis elle souriait et elle disait : << C'est bien mon fils, tu seras grand et fort, comme ton grand-père mon amour, comme ton grand-père... >>.
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JE SUIS HEUREUSE DE PORTER MON NOM